Je voudrais remercier Sicobel pour les merveilleuses crèmes
qui protègent génialement ma peau.Hugues
Toujours plus de challenge pour le Laboratoire Sicobel ! Après l’ascension l’an
dernier du Mont Everest, le laboratoire
Sicobel accompagne Hugues d’Aubarede, dans son nouveau
défi : la
montée
du K2. Le mont le plus difficile à gravir au monde
!
Pour
bien se préparer avant le départ, Hugues n’a
pas oublié les soins essentiels de tout bon alpiniste :
Cher Hughes, merci
de nous avoir fait vibrer pendant ces semaines, d’autres
aventures - nous en sommes sssssssssssûr - se construisent
en toi.
Merci de ces "directs" qui
nous ont donné l’impression d’être à tes
côtés.
En tout cas, notre laboratoire sera toujours aux tiens. Reviens-nous
vite avec tous ces paysages mythiques ! Nicolas
Fouchère
Vendredi
21 Juillet : Le soleil revient, le vent se calme, Hugues très
triste, seul au CB, est frustré de ne pouvoir remonter, mais Kudrat
et Shaheen ont abandonné l’expédition, et repartent
dès demain matin à Skardu. Les porteurs pour le retour devraient
arriver au CB en début de semaine pour tous repartir ensemble sans
doute le 26 Juillet. Très ému par la fin de cette expédition,
vos très nombreux mails lui réchauffent le cœur.
Ne pouvant répondre (pour le moment) à chacun d’entre
vous, il me charge de tous vous remercier du fond du cœur.
Jeudi
20 Juillet : Aujourd’hui, retour au camp
de base sous la neige, et fin de l’expédition...
Hugues vous parle : "La neige et le grésil au camp de base
accompagnent ma déception géante de la fin de cette expédition
pour moi. Ce matin 20 Juillet au C1, Qudrat et Shaheen ont dit
: STOP Un Russe qui redescendait confirmait qu’il n’y avait
plus de tente au C2, seulement le terrassement de nos tentes, et
de la neige... 8 611m
de rêve s'effondrent pour 2 tentes mal arrimées, c'est
l’une
des lois de la montagne que nous avons omis ! Heureusement le monde
des rêves est sans limite, maintenant je rêverai à l’horizontal
!"
Qudrat et Shaheen arrêtant définitivement l’expédition,
Hugues, la mort dans l’âme, a été obligé de
prendre la même décision, ne pouvant monter aux camps supérieurs
en portant tout seul son matériel, une tente, un sac de couchage,
de la nourriture, de l’oxygène, etc…(2 bouteilles d’oxygène
avaient déjà été déposées au C3)
; C’est désolant, car il était en pleine forme et se
sentait prêt pour le sommet...
Il est seul au CB, très triste, pendant que l’expédition
Italienne et Antoine (lire son mail d’hier pas très optimiste)
poursuivaient leur ascension ; vos petits mails seront sûrement les
bienvenus !
Les années se suivent, mais ne se ressemblent pas malheureusement;
il y a un an jour pour jour, le 20 Juillet 2005, Hugues atteignait
le sommet du Nanga Parbat (8 125 m).
Sans vouloir absolument tenter le sommet, Hugues regrette de n’avoir
pu monter seulement jusqu’au C4 et connaître cette très
belle montée à 30° sur une arête de neige entre
le C3 et le C4, beaucoup moins technique qu’entre le C1 et C3, et
filmer tout le panorama du Karakorum ci-dessous…
Il y a peu de mots pour exprimer l’immense déception et la
profonde tristesse que j’ai ressentie dans la voix d’Hugues...
Il nous a fait rêver, vibrer avec très souvent beaucoup d’inquiétude
et d’angoisse, nous étions tous derrière lui pendant
cette longue et difficile progression sur le K2, nous avons partagé ses
joies, ses craintes, ses espoirs, sa volonté, son courage, ses déceptions,
ses doutes, ses émotions, aujourd’hui nous sommes tous très
tristes pour lui, mais enfin rassurés quelque part...
Hugues savait que la partie ne serait pas facile et le K2 lui donne
raison. Même si le K2 n’est pas soumis à la mousson,
il est caractérisé par
l’un des climats les plus capricieux au monde, les vents dominants
y charrient des nuages en permanence ; Pour cette raison, personne
n’a
réussi à atteindre le sommet l’an dernier. Seuls
250 alpinistes l’ont atteint à ce jour, contre 2 500 sur l’Everest.
Hugues, bravo et merci de nous avoir fait
partager cette magnifique expédition et à bientôt
pour un autre sommet, peut-être
plus raisonnable !
Mercredi
19 Juillet :
Mail d’Antoine : "Je
suis parti du camp de base ce matin à 4 h pour rejoindre le camp
n°. Montée sur de
la glace et dans une tempête de vent (50/60 km/h), sans soleil. Mon
camp au C1 est dévasté, tente déchirée, matériel
cassé. Il y a de la neige de l’eau et de la glace dans la tente.
J’ai perdu beaucoup d’affaires mais rien de vital. Toutes les
affaires sauvées sont trempées. J’espère trouver
le camp 2 en meilleur état car je n’ai qu’un tee-shirt
et un coupe vent. Il neige et il y a encore beaucoup de vent. Il
fait un temps glacial. La même météo est annoncée
pour demain. Mon moral est bien entamé. Je n’ai plus grand-chose à manger.
J’ai mis 4 h pour monter du camp de base au C1 et 5 h pour monter
une nouvelle tente et sauver le maximum de matériel. Je mise tout
sur le camp n°2. Au C3, j’ai laissé toutes mes affaires
d’altitude : duvet etc. attaché dans un sac. Ici encore, je
risque de trouver quelques surprises."
Lundi
17 Juillet : Soleil + nuages, toilette + lavage au CB ce matin
; Très
bon ménage avec Antoine, repas calme avec le chef cuisto très
sympa qui heureusement n’est pas reparti avec les Canadiens.
Quelques meilleures nouvelles par les Italiens qui viennent d’arriver
au C1. La tente d’Hugues serait effondrée
mais pas envolée ! Il a donc peut-être une chance de retrouver
ses chaussettes, ses gants et son sac de couchage. Mais le plus important
du matériel est au C2.
Après une longue négociation ce matin, Hugues, Antoine,
Qudrat et Shaheen (en photo ci-contre), décident de monter au C1
mercredi 19 Juillet, puis au C2 jeudi 20 Juillet pour essayer de retrouver
la combinaison et le masque à oxygène d’Hugues ainsi
que tout le matériel
dans la tente cassée au C2. Ils tentent actuellement de trouver l’équipement
qui leur manque auprès des autres expéditions au camp de base,
ce qui leur permettrait de tenter le sommet, mais ce n’est pas facile
! Il reste donc encore un petit espoir de tenter l’ascension !
Au
CB, la température varie de 0 à 20° la journée
en fonction du soleil, les nuits sont beaucoup plus froides, -
5° au
CB ; Pour les camps d’altitude, la température oscille entre
15 et – 30° selon les vents ! Leur tentative au C2 jeudi reste
très fragile ! Le froid revient... Comme dit Hugues : "avec
tous les chauds et froids, nous n’y
sommes pas encore ! Le K2 est vraiment éprouvant pour les nerfs
!"
Dimanche
16 juillet : Ce matin, grand départ des 3 Canadiens
et de leurs 3 sherpas ; Hugues les a accompagnés jusqu’au
camp de base du Broad Peak (4 heures aller-retour). Maxime et
Mario, très
mécontents
de rentrer ainsi au Québec, étaient très tristes de
quitter leur "cousin" français, tous avaient la larme à l’œil
en se quittant...
A son retour au CB du K2, Hugues apprit de très mauvaises
nouvelles : la tempête de ces jours-ci a balayé sa
tente au C1, dans laquelle il y avait son sac de couchage, ses
gants et chaussettes pour l’altitude,
ainsi que sa tente au C2 dans laquelle il y avait sa combinaison
pour le sommet, son masque à oxygène, et un matériel
important appartenant à Qudrat et Shaheen. Les tentes des Italiens
se sont également
envolées avec tout le matériel ! Il reste, semble-t-il la
tente d’Antoine au C1, mais il est difficile de voir à la jumelle
si les tentes sont simplement affaissées avec l’équipement à l’intérieur,
ou si elles se sont carrément envolées ! Les Italiens auraient
peut-être retrouvé quelques affaires ! C’est la désolation
au CB, Qudrat et Shaheen sont complètement abattus. Hugues et Antoine
ont essayé de les motiver pour remonter mardi
18 Juillet au C1, et
mercredi 19 au C2, pour retrouver certaines affaires, un meilleur
créneau
météo se profilant pour ce milieu de semaine, mais ils sont
trop déprimés en ce moment pour envisager de remonter, mais
"la nuit portant conseil", il faut espérer qu’ils
changeront d’avis
demain. La force des vents serait de 50/60 Km/h, ce qui fait tomber
la température à -30° environ ! Pour se changer les idées,
Hugues s’est retiré dans
sa tente pour lire et écouter Norma qui l’emmènera vers
un autre sommet !
15
Juillet : Le temps est bien moyen, Il fait toujours un peu froid
mais la météo est meilleure, et pour se distraire ils font
des bagarres de boules de neige,ainsi qu’un bonhomme de neige, ou
plutôt une "bonne femme de neige avec des seins",
il faut bien s’occuper !
14
Juillet : Toujours neige
+ froid au CB, mais moins de vent. C’est difficile de garder les pieds
au chaud ! Hugues espère que les Canadiens partiront demain, car
l’ambiance
de départ est très pénible pour leur objectif du sommet.
Cartes + livres en attendant, mais il est très inquiet pour les tentes
et le matériel du C1 et C2, et attend avec impatience un meilleur
créneau pour monter.
Fin de l'expédition Canadienne : ²Mail
de Mario : " Lors de ma troisième
ascension sur le K2 j'ai été exposé à un
nombre incroyable d'incidents, mettant ma vie en danger. Je ne voulais
pas trop vous inquiéter par mes propos, mais aujourd'hui je
vous donne l'heure juste.
Durant les 5 jours qu'a durée cette dernière
ascension, j'ai vécu ce qui suit :
1) Je me suis réfugié 7 fois derrière des rochers afin
d'éviter 7 avalanches (des avalanches comme à la TV...) 2) J'ai évité 5 chutes de pierre dont une
qui m'est passée à quelques cm de la tête,
et pas des petits cailloux... je parle de rochers.
3) Sans le savoir, j'ai grimpé sur des cordes qui étaient à moitié coupées
par les arêtes tranchantes de roches !!!
4) Lors de ma descente je me suis arrêté au camp
1 pour me reposer et j'ai constaté que la tente de l'équipe
russe, qui était juste à côté de la
nôtre, a été transpercée de bord en
bord par un grosse roche de 30cm.
5) Actuellement, aucun camp en altitude n'est à l'abri
des chutes de pierres et des avalanches; c'est pourquoi je n'ai
dormi que d'un seul œil durant ces 5 derniers jours, tout
en écoutant les quelques dizaines d'avalanches journalières
qui nous entouraient, de plus certaines tentes d'équipes étrangères
ont été balayées par le vent au cours des
24 dernières heures. Et plus encore... Je vous raconterai
tout ça à notre retour...
Maxime et moi en avons discuté et en avons parlé à d'autres
alpinistes présents sur la montagne. Tous sont d'accord pour dire
que les conditions d'ascension de cette année sont possiblement
plus risquées que d'habitude. Donc je crois qu'il faut savoir quand
s'arrêter et là, trop c'est trop... C'est la première
fois que j'arrête volontairement l'ascension d'une montagne que
je tente de gravir, mais jusqu'à présent aucune autre montagne
ne m'avait fait peur. Même les Sherpa qui nous accompagnent ont
peur. On nous avait dit que le K2 était technique et dur...
Ce n'est pas tout à fait la réalité, en ce moment,
la montagne est premièrement meurtrière, deuxièmement
dure et troisièmement technique. Nous croyons que c'est pour cela
qu'il y a tant de morts ici à chaque année. Donc j'aurais
bien aimé être le premier québécois au sommet
du K2 avec Maxime, mais je ne veux pas être le premier québécois à mourir
sur le K2... Cependant, je suis très content de ma performance,
(6 700m sur 8 611) j'ai vécu quelque chose de très
intense avec Maxime, mais comme d'autres alpinistes ici présents,
j'arrête de jouer à la roulette russe".
Mail de Maxime :"Comme vous le savez déjà,
je soigne une pneumonie depuis mon arrivée au camp de base du K2. Ça
ne m'a pas empêché de monter deux fois au camp 1 à 6100
mètres d'altitude. C'est comme si j'avais gravi deux fois le mont
Mckinley en Alaska avec une pneumonie. Je me soigne avec des antibiotiques
et notre médecin Olivier Maynard m'examine tous les jours. La santé s'améliore
de jour en jour. Récemment j'ai fait un test et suis allé dans
la cascade de glace menant au camp de base avancé, un gain de 300
mètres en altitude et une jolie marche de plusieurs heures. Malheureusement
je suis toujours aussi lent et plus inquiétant j'ai toujours cette
douleur au bas du poumon droit, caractéristique d'une pneumonie.
Le K2 tue 26% des gens qui atteignent son sommet, soit une
personne sur quatre. Avec une pneumonie et la forte possibilité de
développer un œdème pulmonaire en altitude qui en
découle, la probabilité d'y rester est plus élevée
dans mon cas. De plus le leader de l'expédition autrichienne
sur le Broad Peak, en face, est mort au camp 3 suite à un problème
pulmonaire avant sa montée. Si l'on veut survire à la
haute montagne, il faut savoir quand s'arrêter. Les plus grands
noms de l'alpinisme ont eux aussi retraité sur la montagne lorsque
le danger était trop grand. Continuer et y rester ne serait que
pure idiotie. J'ai décidé de survivre et pour cette raison
je renonce au sommet. J'ai promis à ma famille de revenir et
je tiens promesse. Je veux remercier tous ceux et celles qui nous ont
supportés et suivi dans cette grande aventure du K2, la montagne
des montagnes. J'ai beaucoup appris dans cette expédition et
je retiens ceci : la vie d'une personne vaut plus que n'importe quel
sommet''.
13
Juillet : Tempête vent et neige au CB, vent à 130-140
km /heure au sommet : 10/10 pour les prévisions météorologiques
de Yann et Météo France. Ce même temps devrait se
poursuivre demain, mais avec moins de neige. Qudrat a vu
une tente s'envoler au C1 ; Il y a sûrement de très grosses
dégradations
au C1 ainsi qu’au C2, il faut attendre pour découvrir les
dégâts que la tempête a pu provoquer là-haut,
et vérifier si les ancrages des cordes ont tenu !
12
Juillet :
Mail d’Antoine : "Je
suis toujours au camp de base mais je commence à trouver le temps
très long.
J’ai vraiment
envie de me poser chez moi dans un vrai lit, manger de la bonne
nourriture, arrêter d’avoir froid et enfin me reposer. C’est
assez difficile de ne pas pouvoir faire 10 mètres sans devoir reprendre
mon souffle. J’ai presque envie de reprendre le boulot…Je vais
essayer de retenter le sommet une dernière fois mais pas plus je
suis trop fatigué.Il ne fait pas beau pour encore 7 jours, par contre
la température est plus Clémente... Le 14
Juillet : Tempête de vent à 140 km heure et neige depuis 24
h. La fin de la tempête est prévue le 16 juillet. Il est difficile
de dormir dans de telles conditions. J’attends toujours une fenêtre
météo.
Mardi
11 Juillet : Le moral est meilleur au CB malgré le
départ des Canadiens le week-end prochain ; 2 sherpas sont montés
aux Camps 1 et 2 récupérer tout le matériel des Canadiens.
Au camp de base, ils démontent tout, les panneaux solaires, les douches,
la tente mess, les batteries (tout un petit confort bien apprécié par
Hugues et Antoine) mais comme dit Hugues : « On
va beaucoup les regretter, mais la vie ne s’arrête pas ! » Il leur reste 3 ou 4
jours à passer ensemble, le temps que quelques porteurs arrivent
de Skardu pour tout charger et partir...
Qudrat était trop content aujourd’hui de pouvoir joindre
sa famille avec le téléphone d’Hugues. Il reconnaît
qu’avec Shaheen, ils ont monté des charges trop lourdes la
semaine dernière au C2, et c’est la raison pour laquelle ils étaient
si fatigués, mais le moral est bon, et dès que les vents (qui
sont actuellement de plus 140 km/heure au sommet) diminueront,
ils pourront envisager de remonter, sans doute en milieu de semaine
prochaine (autour du 19 Juillet). Ce matin, ils recherchaient dans
un livre qui recense tous les alpinistes morts sur le K2, à qui pourrait
bien appartenir un nouveau fémur retrouvé hier, ainsi que
la chaussure qui n’avait
pas de crampons, mais des clous (ce qui correspondrait à l’année
1937). Drôle d’occupation !... en attendant de déplacer à nouveau
leur tente de quelques mètres, car le glacier avance ! Ce soir,
il pleut au CB, il fait un temps bien
triste, mais il y règne une
excellente ambiance.
Lundi
10 Juillet : Départ du Camp 2 Mario et Lakpa sont donc redescendus
au CB hier dimanche, ils auraient dû partir
du C2 dès 4 heures du
matin au lever du soleil ! Ils sont partis trop tard, la chaleur
entraînant
des avalanches et de nombreuses chutes de pierres ! Le retour fut
très
long et extrêmement difficile (8 heures au lieu de 4). Mario épuisé,
très impressionné, a pris la décision ce matin d’abandonner
l’expédition, et de rentrer au Québec ! Quelle nouvelle
déception ! d’autant plus qu’ils repartent tous : Mario,
Maxime dont la pneumonie ne guérit pas, Olivier, leurs 3 porteurs
et l’excellent cuisinier ! Et ils remportent tout leur matériel !
De leur équipe
de 9, il ne reste plus qu’ Hugues
et Antoine, ainsi que Qudrat et Shaheen !
Dimanche
9 Juillet : Message d'Hugues : «Impossible d’imaginer
ma déception au CB avec une telle
météo ! Je suis encore
couché, le soleil se lève avec un clair de lune sans vent, époustouflant
! Il n’y a pas de nouveau créneau météo au mieux
avant le 16 Juillet, car trop de vent. Quel gachis ! Je me suis
fait raser par le cuisinier, génial ! Plus de barbe blanche, trop
cool ! La lessive sèche sous un grand soleil. Une
longue attente va débuter. J’ai déjà lu 3 livres, il m’en reste encore 4.
Hier soir, j’ai regardé mon premier film "Rising sun" sur
un petit écran de 15cm, ce n’est pas grand, mais on oublie
pendant 1h30 où on est. Je me réveille vers 5h30, 30mn avant
le lever du soleil.
A midi, au menu, une "Poutine" qui correspond
aux moules frites québécoises : frites + fromage (yak) + sauce
brune (goût viande). Il y a plus raffiné mais ça change,
les canadiens étaient trop contents ! Mario parti du C2 ce matin à 6h30
avec son porteur lakpa arrive au camp de base seulement à 15h30.
La descente a été dure, et ils ont été très
impressionnés par les avalanches et les chutes de pierres, il pense
arrêter l’expédition! Il faut attendre, la nuit porte
conseil ! Ce soir, j’ai eu une heure de réunion positive avec
Qudrat + Shaheen + Olivier. Ce soir, en nous couchant, le clair
de lune est magnifique !»
Vendredi
7 Juillet : Bravo à météo France et à Yan
pour leurs bonnes prévisions météorologiques et le
bon créno annoncé. Mais quelle déception de devoir
redescendre au camp de base ! Hugues se voyait bien au "top" ce
dimanche 9 Juillet ! Mais Qudrat et Shaheen étaient trop épuisés,
Antoine également avait besoin de redescendre au camp de base, car
très fatigué et déshydraté, mais rien d’inquiétant.
Ce matin, du C2 Hugues a monté 10 kg de cordes à 7
050 mètres avec les 2 porteurs et Antoine, ils ont ainsi
tous les quatre fini d’équiper
la voie jusqu’au Camp 3. Les cordes fixes ne sont installées
que jusqu’au C3, car après la pente n’est plus qu’à 30° jusqu’au
C4, et elles se justifient donc moins. Au-dessus du C4, il y a
un passage délicat appelé le col de la bouteille où il
faut jongler avec le rocher et la glace raide, et qu’il faut franchir
le plus vite possible car il est situé sous un énorme sérac,
ils seront sûrement obligés de s’encorder, et Hugues
a donc besoin de Qudrat et Shaheen en pleine forme pour tenter
le sommet. Hugues est déçu car il était en pleine forme,
mais il reconnaît
quand même que c’est plus sage de redescendre. En effet, il
n’a pas encore dormi à plus de 7 000 m, et au-delà de
cette altitude, les aller-retours sont d’autant plus indispensables
pour son acclimatation. Il y a en effet les phases de repérage
et d’acclimatation, mais aussi la période de récupération
au camp de base qui est celle de la concentration. Quelques jours
de repos au camp de base leur feront donc beaucoup de bien à tous.
Tenter le sommet dès ce week-end aurait peut-être été un
peu prématuré… Ce soir, après un bouillon
de poule, et un peu de musique, il dort au C2 avec Qudrat dans
sa tente, Antoine dans la sienne, Shaheen étant redescendu directement
au camp de base car il souffrait de l’estomac.
Jeudi
6 Juillet : Un mail d’Antoine à son retour au C2
hier soir:
" Je suis au camp 2 où il y a beaucoup de vent ; il fait moins
10 degré dans la tente. J’y suis arrivé hier avec un
sac lourd. Aujourd’hui, j’ai mis plus de sept heures pour équiper
en solo et en faisant la trace seulement 400m en direction du camp
3 !!! La neige était très profonde (jusqu’à la
taille par moment) et j’ai notamment ouvert un des passages les plus
difficiles techniquement de la voie. J’ai pu monter à 6900m.
Je suis très
fatigué ce soir, mais il est difficile de récupérer à cette
altitude. Demain, les deux alpinistes pakistanais qui grimpent
avec Hugues (l’autre français) vont m’aider à ouvrir
le reste de la voie pour atteindre le camp 3 à 7200m d’altitude.
J’espère
que la météo va se maintenir."
Mercredi
5 Juillet : Hugues et Antoine ont quitté le Camp 1 (6050
m) hier matin mercredi 5 Juillet à 7H 20 ; Hugues, en pleine forme
a fait la trace, et est arrivé au camp 2 (6 700 m) à midi
après une montée
impeccable, Antoine le rejoignant 1H 30 plus tard, fatigué par le
poids d’un gros sac avec des cordes.
Arrivé au C2, Hugues a
préparé l’emplacement de sa tente, tout était
prêt pour l’arrivée de Qudrat et Shaheen partis du camp
de base le matin même. L’attente fut très longue et très
angoissante pour Hugues qui les attendit vainement ! C’est Qudrat
qui avait sa tente, ainsi que sa grosse doudoune (- 40°). Que faire
? Les batteries de la radio de Qudrat étaient mortes, donc aucun
contact entre eux ! Le soir venu, Antoine fut obligé de partager
sa mini-tente avec Hugues, qui passa une nuit d’enfer, recroquevillé sur
lui-même car très peu de place à côté des
sacs d’Antoine, complètement gelé, il n’avait
qu’un sac de couchage pour moins 10°. Il passa la nuit à essayer
de se réchauffer les pieds, à calmer des crampes « monumentales »,
(et à se poser des questions !) ce fut horrible, dit-il.
Ce matin,
de plus en plus inquiet, Hugues vit enfin arriver à 8H 30 Qudrat
et Shaheen complètement épuisés ! Ils étaient
bien partis du camp de base la veille au matin, mais surchargés par
des «tonnes» de matériel, ils n’avaient pu atteindre
le camp 2 en temps voulu, et s’étaient arrêtés
200 mètres plus bas (200 mètres paraissent peu, mais correspondent
environ à 1h30 de montée). Antoine est parti ce matin finir
d’équiper la voie jusqu’au camp 3, et redescendra ce
soir dormir au camp 2. Si tout va bien, si la météo se maintient,
et si Qudrat et Shaheen sont reposés, ils devraient
monter tous les quatre demain vendredi 7 Juillet au camp 3 ( 7 200 m) où ils
dormiront tous sous la même tente, ce que préfère Hugues
qui pense qu’il aura ainsi plus chaud. Les bonnes fenêtres météo étant
toujours assez courtes, ils perdent peut-être une petite chance de
tenter le sommet ce week-end, puisqu’ils ne partiront au camp 3 que
demain au lieu d’aujourd’hui comme prévu, ayant perdu
un jour avec le retard de Qudrat. Les couloirs sont peut-être tous
purgés, car les avalanches ont l’air de se calmer, ils en ont
entendu une énorme hier, mais sur le Broad Peak.
Il fait beau, malgré quelques
nuages. A ma question : Mais pourquoi n’as-tu pas donné de
nouvelles hier comme tu le fais régulièrement tous les jours
? "J’étais trop énervé, dit-il, je
me sentais abandonné par Qudrat et Shaeen, je ne pensais qu’à leur
arrivée au C2, je n’ai rien mangé, je n’ai bu
qu’un demi litre d’eau ...Cette attente était trop angoissante
! Mais tout va mieux, j’ai pu me reposer et me réchauffer quelques
heures dans la tente de Qudrat". Voilà, l’attente
fut très longue, surtout pour Hugues qui se sentait abandonné à 6
750 mètres, mais également pour nous tous qui attendions des
nouvelles...
Sur la photo ci-dessus, on aperçoit leurs tentes
au camp 2 au milieu de l’arrête. La voie des Abruzzes
ou voie normale, démarre à 5200m, par des pentes raides à 45°,
d'abord neigeuses puis mixtes pour atteindre la pyramide noire à 7200m,
soit 2000m de dénivelé soutenu. A 6 400m se trouve la " House
cheminée ", verticale sur 50m, difficile à franchir avec
un gros sac. Du Camp 2 à Camp3, cela représente la section
la plus technique de l'ascension, avec approximativement 400 mètres
d'ascension verticale sur de la roche et la glace mélangées
dans une région
connue sous le nom de "pyramide noire". Le camp 3 est à 7
200m, juste au dessus de la pyramide noire. Le C3 est traditionnellement
placé sur l'épaule. Bien que ce soit un terrain plus horizontal
(champs de neige d'approximativement 30 degrés), il est enclin au
danger d'avalanche et aux vents extrêmement forts. Il est impossible
de laisser une tente au camp, il faut l'enterrer dans la "pyramide
noire".
Dimanche
2 Juillet : Encore et toujours au camp de base dans l’attente
d’une fenêtre météo adéquate . De la neige
est annoncée pour aujourd’hui et lundi, ainsi que des risques
d’avalanche pour mardi. Cette après-midi, dans sa tente, seul
(!!!), Hugues se régalait avec une délicieuse
boîte de maquereaux aux 9 aromates ! Ce qui le change
des éternelles pâtes, riz ou lentilles ! Puis lecture au chaud
au fond de son duvet avec la musique de Dogora (Merci Gilles L.).
Mais l'équipe
garde le moral et attend avec fébrilité la prochaine bonne
fenêtre météo.
Samedi
1er Juillet : Il neige ce matin au camp de base, un peu de soleil
pour l’après-midi,
ce qui a permis à Hugues d’aller
marcher 4 heures jusqu’au camp de base du broad
peak avec Olivier
pour se chauffer les muscles ! Une meilleure météo était
annoncée, et Hugues, accompagné d’Antoine, Qudrat et
Shaheen avaient préparé un bon plan pour remonter aux camps
supérieurs. Mais la « bonne fenêtre » annoncée
hier change avec des vents beaucoup plus forts ; très déçus,
is attendent une meilleure météo. Très bonne nuit
pour tous, sauf pour Maxime qui tousse.
28
Juin 2006 : Très bonne montée au C1 hier 27
Juin en 6h pour
Hugues, 5 heures pour Antoine, 8 heures pour les Canadiens. Mais
cette nuit, il y eut beaucoup de vent et de neige vers 1 heure,
et après une bonne nuit malgré tout, tous ont dû se
résoudre à redescendre au camp de base ; c’est
dommage, Hugues était très en forme pour monter et
dormir au camp 2, mais la météo était
trop mauvaise.
Hugues ne parle jamais d’avalanche, est-ce pour
nous rassurer ? ou alors est-il toujours au-dessus de celles-ci
lorsqu’elles se produisent ? Car voilà les impressions
de Yan à son retour du C1 aujourd’hui : "Donc,
une autre journée de 12h, avec plus de 1000m de dénivelé.
Nous nous sommes rendus à 6 100 m. Encore une fois, lors
de l’ascension, nous avons était victimes d’une
avalanche. Encore une fois nous nous en sommes sortis indemnes.
Au retour, fourbus et exténués, une autre avalanche
est venue balayer les flancs du K2. Nous avons couru comme des
perdus afin d’éviter le souffle blanc. Et, comme vous
pouvez le constater, tout va bien ! Les prochains jours seront
passés à se reposer".
Aujourd'hui au
réveil,
surprise, il neige à plein ciel ! Surprise compte-tenu de
la météo annoncée qui devait être ensoleillée,
mais pas une surprise quand on connaît la réputation
des météo des lieux ! Ceci force donc nos amis Maxime
et Mario à redescendre du camp 1 sans se rendre au camp
2. Ce qui ralentit les efforts d'acclimatation en vue d'un somment éventuel.
Autrement dit, l'ascension d'hier n'aura pas servi à grand-chose...
De plus, l'arrivée d'une grosse expé Russe (16 grimpeurs)
change la donne. Les camps deviendront vite surchargés.
L'espace pour les tentes sur cette montagne est réellement
réduite. On verra la suite dans les prochains jours.
Mail d’Antoine ce soir : "Hier,
j’ai
passé la
nuit au C1, bloqué dans ma tente depuis 20h en raison
d’un
très mauvais temps : neige et vent. Je suis donc redescendu
au camp de base ce matin .Le portage au camp 1 est fini. Je me
repose aujourd’hui et demain ; Dés qu’un créneau
météo se présente, je remonte jusqu’au
camp 3 : (7400m) dernier palier pour finir l’acclimatation.
Hugues nous donne de ses nouvelles du camp de base où il
est donc redescendu aujourd’hui. Il fait un temps exécrable,
vent, neige, très froid. Il est au fond de son duvet au
chaud, car il a très froid, peut-être aussi à cause
de la fatigue après son aller-retour CB-C1. Il a dû déplacer
sa tente de quelques mètres à cause de la fonte
du glacier qui inondait sa tente ! Les nouvelles lui manquent,
mais il devrait avoir un nouveau téléphone d’ici
2 ou 3 jours. Il a tout de même appris la victoire des
Francais contre l’Espagne pour la Coupe du Monde et il
les félicite
! … "
26
Juin 2006 : Du soleil et de la chaleur au camp de base
où Hugues se repose 2 jours, il pense remonter mardi au
camp 2, puis redescendre, et remonter à nouveau 2 jours
après si le beau temps se maintient. Ces allers-retours
sont en effet indispensables pour son acclimatation,
et laissent le temps à Qudrat et Shaheen de finir de poser
des cordes fixes et d’installer le camp 3. Hugues a beaucoup
de chance de les avoir comme porteurs, d’autant plus qu’ils
sont les premiers à équiper les camps, et la meilleure
place lui est donc réservée pour sa tente (les
emplacements étant toujours très exigus). Ils sont
toujours aux petits soins pour Hugues, en lui apportant entre
- autre, du soda dans sa tente, sachant qu’il en a "marre"
de boire du thé vert
! A midi, pendant le déjeuner, ils ont fait une macabre
découverte à 5 mètres de leurs tentes :
des restes humains, des os correspondant à un genou !
d’après Olivier, le médecin canadien.
Cette
montée au camp 2 est une véritable désolation
: des restes de tentes arrachées, des chaussures, des
débris de toutes sortes, des vieilles cordes, rien à voir
avec l’Everest qui est très propre. En dépit
d’un grand effort de nettoyage, le CB est gravement pollué,
et les parois du K2 sont couvertes de vieilles cordes et endommagent
le cadre vierge et exceptionnel de ce site unique au monde. Pendant
qu’Hugues, très fatigué par sa journée
d’hier, se reposait au camp de base, et soignait un panari,
les canadiens : Maxime, Mario et Yan sont montés en direction
du camp 1 (6050 m) pour commencer leur acclimatation, la journée était
idéale. Beau temps, pas de nuage, pas de vent, mais très
chaud. Cette chaleur sera un des points déterminants
de la journée. Ils sont donc partis du camp de base à 5h
15, et sont montés en direction du camp de base avancé.
Pour s’y rendre, ils devaient traverser un dédale
de glace et de crevasses , comme Hugues nous l’expliquait
lors de ses deux montées au Camp 1. Le ice fall, comme
on l’appelle, n’est pas aussi impressionnant qu’à l’Everest,
mais tout aussi dangereux de par le faible achalandage, qui rend
la route hasardeuse à chaque passage. Ça craque, ça
tombe, les crevasses sont profondes d’une quarantaine de
mètres ! Une fois passé ce labyrinthe, l’ascension
débute. La voie est simple. Pente à 45 et 50 degrés,
sur 700m. une belle longue pente neigeuse. Après quelques
200 m d’ascension, Maxime crie "avalanche !!!",
ils regardent en haut,m..., ça vient sur eux.
Ils se précipitent à gauche, à l’abri
de rocher et regardent le tout passer à vitesse grand
V. Ouf, ils ont eu chaud… Ils reprennent l’ascension
et 10 min plus tard, Maxime s’exclame encore "avalanche
!!!". Autre course à gauche sous les rochers. Même
truc que tout à l’heure, une immense coulée
de neige dévale la pente à leur droite à moins
de 10m.
La chaleur a déclenché ces avalanches juste
sous le camp 1. Ils en sont quittes pour une bonne frousse, mais
le doute s’installe. Ils décident de poursuivre
tant qu’ils sont protégés par les rochers.
Environ une heure plus tard, troisième petite avalanche
accompagnée de chute de pierres. Bordel, ça va
bientôt finir les folies? (dit Yan). Finalement, à 6 000m,
leurs jambes leur disent qu’il est temps de rebrousser
chemin, ils sont d’accord pour retourner au camp de base.
Retour par le même chemin, incluant le "ice
fall", 100
fois plus hasardeux qu’au matin en raison de la fonte de
glace. Finalement, ils atteignent le camp de base à 18h30,
soit plus de 13h après leur départ. Ils sont tous
fourbus, mais heureux de leur aventure.
24
Juin 2006 : Après une bonne douche, et grâce
aux Canadiens, Hugues a pu vous écrire ce long mail. La
météo est super, Qudrat et Shaheen ont équipé la
moitié entre le camp 2 et le camp 3, ce sont des bêtes
de travail et trop sympas avec lui . «Temps
merveilleux ce matin qui permet de récupérer la
fatigue accumulée en altitude. Ma deuxième montée
au col a été moins difficile que la première
et j’ai gagné environ 1 heure. Bien agréable
de trouver Qudrat et Shaeen qui m’avaient préparé une
bonne soupe chaude. Ils ont monté une deuxième
tente pour me laisser seul dans la leur. Nuit tranquille mais à 6 050
m, on n’a pas un sommeil de plomb, on se réveille
souvent et on rêve non-stop mais je ne vais pas me plaindre,
car je m’en sors mieux que la moyenne. Apres avoir fait
fondre de quoi remplir le litre de ma gourde, je me suis préparé une
grande tasse d’infusion que j’ai malheureusement
renversée dans la tente...
Les
gestes sont souvent gauches et il m’a fallu de nombreux
mouchoirs pour éponger. Qudrat est venu vers 6h pour me
dire qu'il partait avec Shaheen au Camp 2 pour terminer d’équiper
les 200 mètres restants. Le temps de me faire du thé et
de me forcer à avaler un biscuit, j’ai commencé la
montée à 7h20 en même temps qu’Antoine.
Sans La Clémence de Titus (Mozart) et Norma de
Bellini, je ne sais pas si j’aurais trouvé la force
d’arriver au Camp 2 à 6 700m. Et pourtant, je
suis monté plus haut mais le travail
d’acclimatation
est long et éprouvant, à chaque fois je l’oublie,
mais le manque d’oxygène est là pour
le rappeler.
Chaque pas est difficile et je dois regarder mon altimètre
au moins 2 ou 3 fois pour réaliser que je n’ai fait
que 5 m (gradation mini). On se demande vraiment ce qu’ on
vient chercher si haut, pourquoi on revient alors que la dernière
ascension était aussi difficile et que l’ on est encore à moins
de 7 000 m, qu’ il reste encore presque 2000 m, que
je ne suis même pas à l’altitude de l’Ojos
del Salado (Chili), et on pense aux nuits glaciales en perspective,
au réveil dans des sacs de couchage humidifiés par
la respiration, au givre sur les parois de la tente qui se fait
un malin plaisir de viser le cou pour tomber dès que l’on
bouge, au vent qui souffle pratiquement en permanence au dessus
de 6000 m !
Cette montée au C2 est compliquée car
parsemée de passages de glace, de rochers, de neige profonde,
elle grimpe non-stop, très peu d’endroit pour se reposer,
et que dire de ce passage dénommé : la cheminée à 70
degrés et bourrée de vieilles cordes pourries, une
horreur. Et tout ça pour arriver à un camp effroyable
où flotte dans le vent une vingtaine de restes de tentes
que des tempêtes ont détruites et que les montagnards
ont laissées, une vraie désolation, un champ de bataille.
Qudrat et Shaheen ont continué en direction du C3 pour équiper
200 m et je suis redescendu avec Antoine jusqu’au camp de
base. »
K2 ou Chogori, 8 611 m, nom balte, qui signifie
la grande montagne est situé au Pakistan dans la chaîne du Karakorum,
au pied du glacier Godwin Austen .C'est le 2ème plus haut
sommet du monde après l'Everest, 8850 m. En 1856 le colonel
T.G. Montgomery mesura les montagnes du Karakoram et il leur donna
un numéro d'identification commençant par K (Karakoram)
suivi du numéro d'ordre de ses mesures. Le Chogori fut le
: K2. Hugues empruntera l'arête sud-est ou des Abruzzes,
nommée en raison de son exploration par le duc des Abruzzes
en 1909.
23
Juin 2006 : Il fait moins beau au C1 où Hugues
et Antoine sont arrivés en début d’après-midi,
il y a du vent et des nuages, ils espèrent pouvoir monter
au C2 (6700 m) demain samedi 24 Juin si le temps le leur permet.
Antoine qui portait son sac de 25 kg avait des maux de tête
dus à l’altitude, mais après une bonne nuit, il
devrait pouvoir atteindre le C2 demain avec Hugues. L'itinéraire
commence du CB par 1000 m de montée à travers les
séracs du glacier Godwin Austen. Le chemin, suit un véritable
labyrinthe de tours de glace et de crevasses sans cesse en mouvement
où il y a un danger de roches tombant du C1 ; celui-ci est
exposé, mais avec peu de danger d'avalanche. Le C2 est abrité par
une grande roche, mais peut devenir extrêmement venteux et
froid.
Le plus dur les attend plus haut le long des pentes raides
faites de glace et de rochers instables. C'est l'Eperon des Abruzzes.
En effet, c’est du C2 au C3 que représente la section
la plus technique de l'ascension, avec approximativement 400 mètres
d'ascension verticale sur de la roche et la glace mélangées
dans une région connue sous le nom de "pyramide noire".
Le fracas des avalanches qui s'abattent sur le glacier deviendra
vite pour ces trois équipes un bruit familier. Heureusement,
le chemin emprunté par les grimpeurs est à l'abri
de ces dangers.
Et voilà , Hugues est au
camp 1
20
Juin : Notre Hugues national a
commencé l’ascension
du K2, et se repose actuellement au Camp 1 à 6 050
mètres,
tout seul ! Levé ce matin à 4H 45 et parti du camp
de base à 6H avec Antoine, il a atteint le C1 à 15
heures où il a retrouvé sa tente installée
par Qudrat et Shaheen Antoine, qui n’a pas pris de porteur
pour son ascension, monte tout son matériel au fur et à mesure.
Ce matin, il avait donc un sac de plus de 25kg, ce qui est très
lourd dans ces conditions et à une telle altitude. Il
s’est
arrêté très près du C1, à 5 950
mètres, car il a eu peur d’avoir un œdème,
et a préféré redescendre. Hugues connaît
sa faculté d’acclimatation, c’est la raison
pour laquelle il reste donc au camp 1, ce qui n’était
peut-être pas le cas pour Antoine qui préfère
s’acclimater plus doucement. Hugues dit avoir fourni un très
très gros effort, que cette immense fatigue l’empêche
de manger (sauf quelques barres vitaminées), et qu’il
n’a pas le courage de se faire une soupe.
Il
fait vraiment très froid là haut, et
il s’est vite couché dans
deux sacs de couchage l’un sur l’autre pour se réchauffer
un peu, et s’endormir... Qudrat et Shaheen pensaient pourvoir
finir d’équiper
le camp 2 ce matin, mais il y avait trop de vent sur les 300 derniers
mètres, et ils sont donc revenus au CB. Hugues
redescendra au camp de base demain où il restera 2 ou 3
jours pour se reposer, et ainsi assister à la Puja jeudi
22.
19 Juin : Temps éblouissant et très chaud aujourd’hui
au camp de base du K2, Hugues n’a jamais vu un ciel
aussi limpide, mais les nuits sont très froides ( - 9°).
Aujourd’hui Hugues qui est très en forme et Antoine
(qui est toujours fatigué par la tourista) sont montés
s’entraîner au-dessus du camp de base, et sont allés
jusqu’au Mémorial Gilkey qui est environ à 5
300 mètres. Celui-ci a été érigé par
les Américains en 1953 en mémoire des alpinistes
morts sur le K2 ; c’est une sorte de tombeau sur lequel
plusieurs dizaines de plaques hétéroclites s’accumulent,
toutes gravées avec des noms et des dates.
Hugues fait les plus grands éloges de Qudrat et Shaheen,
qui après avoir équipé le camp 1, (6 000
m) ont déjà équipé 400 mètres
jusqu’au Camp 2 (6 760 m), et finiront les 300 mètres
restants demain. Entre le camp de base, et le camp 1, un camp
de base avancé sera installé, et Hugues pourra ainsi
faire des aller - retour pour s’acclimater. L'itinéraire
démarre par approximativement 1 000 m de roche brisée
! avec le danger significatif des roches tombant du camp 1 et
d'au dessus. Le camp 1 situé à 6 050m, est exposé mais
relativement bien situé, avec peu ou pas d'histoire d'avalanche.
Le camp 2 à 6 700m, est abrité par une grande roche,
mais peut devenir extrêmement froid et venteux. A côté de
la tente pour les repas, Les Canadiens ont installé une
grande tente de communication (régie vidéo et liaison
internet par satellite) Le 22 Juin sera un jour de repos, car
il y aura la Puja pour 3 sherpas Népalais qui n’ont
pas encore gravi le K2. Ci-dessous les sherpas sont occupés à bâtir
l’autel pour la cérémonie bouddhiste (appelée
Puja) .
16
Juin 2006 : Camp de base
du K2 : Très bonne nuit
pour Hugues de 20H à 9h. Tous avaient besoin de repos
après ce trek assez sportif , ainsi que d’une grande
toilette qu’ils purent faire grâce à de bonnes
douches à l’eau chaude chauffée par les porteurs
dans de gros pulvérisateurs apportés par les Canadiens
! Quel luxe ! Ils profitent de ces 2 ou 3
jours d’acclimatation
au camp de base pour leur lavage (à l’eau
chaude), le rangement et l’organisation de leur chargement
(115 kg pour Hugues) ; Pourquoi tant de kg ? diront certains :
ils correspondent à du
matériel pour les différents camps à venir,
des tentes d’altitude, de la nourriture, des vêtements,
de l’oxygène, etc, etc … Le soleil chauffe
enfin : 10°, le vent souffle, mais les nuits sont froides
(-8° la nuit à 4 900 m). Un peu de lecture
pour certains, dont l’Evangile selon Pilate qu’Hugues
vient de terminer (intéressant). Il a donc retrouvé Qudrat
et Sh. qui ont déjà équipé le camp
1, et qui s’apprêtent à équiper le camp
2 dont l’altitude est à 5 800 mètres.
Pour éviter
qu’Hugues ne se fatigue trop, Qudrat, qui se comporte avec
Hugues comme un frère, aurait souhaité lui installer
un camp intermédiaire, pour lui éviter un dénivelé de
presque 1000 mètres le premier jour, mais Hugues n’y
tient pas.
Quelques réflexions d’Hugues : "Oui,
enfin au pied de ma folie (aussi beau mais plus raide vu du bas)
que dans mon imagination ! Plus que 3 611 m, juste un petit
parcours de santé, mais quelle santé !... " "K2
: la plus géniale expression que les forces créatrices
de montagne ont trouvé sur notre planète" de
G. Dyhrenfurth : au pied du k2, on comprend mieux ! "
Le 12
Juin 2006 : 250 porteurs attendaient à Askole pour
le départ de
cette expédition, seulement 217 porteurs ont été retenus,
ce qui a provoqué de grosses bagarres entre eux ! Pour leurs 5. 4 tonnes,
c’est au final 217 porteurs qui ont été engagés
pour eux 9, l’officier de liaison,1 cuisinier (très
bon) + 2 aides cuisiniers et 1 manager, soit 14 personnes. Pour
ses 112 kg, Hugues a 4,5 porteurs.
Ils ont marché 6h 30 pour rejoindre Jhula (3080
m), Jhula signifiant le pont de corde de fil fôlatré par
un panier de bois, remplacé désormais par un pont
en bois. Ce fut une longue montée au-dessus d'une arête
raide le long du fleuve de Dumurdo, assez fatigante avec de grosses
variations de chaleur (+ de 30° ou beaucoup de vent froid ;
leur camp fut monté près d'un torrent faisant
face au Bakhordas. Départ ce matin dimanche à 6H
45 pour 3 heures de marche sous une pluie très froide en
direction de Pahiu (3300 mètres) Pahiu signifiant "sel"
en balti.
Arrivée à Pahiu. Heureusement
le soleil est revenu pour leur déjeuner de 12 à 14h
30, mais à nouveau
une grosse pluie les attendait à leur arrivée à Pahiu.
Pauvres porteurs qui se battent pour venir ! De ce camp, ils ont
les premières vues du glacier impressionnant de Baltoro
et resteront deux jours pour l’acclimatation, avant d’attaquer
le glacier.
Le
11 Juin 2006 : Partis vendredi
matin de Skardu,(la capitale
du Baltistan qui est une agréable cité -notamment
le fort, le marché et quelques reliques du bouddhisme ancien-,leur
bus est arrivé à Askole le 9 juin au soir après
7h de route en 4x4 par une piste dangereuse. De Skardu, la route
asphaltée devient un chemin de pierre et de terre. La jeep
tout terrain remplace le bus, la Baltoro River remplace l'Indus
River. Mais les sensations restent les mêmes… toujours
ce décor minéral et vertigineux où les risques
de voir la route barrée par une chute de pierre sont omniprésents.
Askole,
3 000 mètres, point de départ
du trekking. Un des derniers oasis de verdure aussi dans cet univers
minéral.
C’est un petit village de 50 maisons perché à 3000
mètres, entouré de champs. Les villageois y possèdent
des grands troupeaux de chèvres, de yacks et de dzos.
Hugues
trouve beaucoup de changement depuis 1999 : des WC et un robinet
d’eau ! quel luxe ! Tout va très bien pour lui pour
le moment, mais il fait attention, car après Olivier et
Yann, un troisième a la tourista ! Après un très
beau coucher de soleil mais avec une température très
fraîche, ils ont passé leur première nuit
sous la tente, sur un sol dur, Hugues trouve que c’est bien
moyen à son âge ! Ce matin, lever à 5h 30,
petit-déjeuner à 6 heures, puis ce fut la répartition
des charges : 200 porteurs pour 5 tonnes
!
Ces porteurs
baltis sont incroyables. Lestés de
25 kgs sur le dos, de
simples sandales aux pieds, ils sillonnent les chemins caillouteux
et acheminent le matériel des randonneurs et alpinistes
qui visitent la région du Baltoro. Qu'ils habitent Skardu,
Thongal ou d'autres villages, ils se rassemblent tous à Askole.
Sous la direction d'un sirdar, leur présence est indispensable.
Leur rémunération journalière dépasse à peine
200 à 300 roupies (1 euro= 70 roupies).
Durant plus d'une
semaine, ils monteront l'équipement jusqu'aux différents
camps de base. La nuit, ces vaillants porteurs dorment sous une
bâche en plastique tendue au-dessus de murets de pierre
pour se protéger du froid. Leur alimentation est faite
de chapatis, de riz aux lentilles, de pommes de terre et de thé au
lait. Ils souffrent souvent d'infections dentaires ou oculaires.
Des lunettes de soleil leur sont en principe fournies au début
du trek pour se protéger de la réverbération
intense de la lumière sur le glacier du Baltoro. Certains
négligent cette précieuse protection et revendent
leurs lunettes pour se faire un peu d'argent. L’expédition
commence donc le trek ce matin, il fait beau, mais beaucoup de
vent.
Le 9 Juin 2006 : Après
deux journées de bus, l'une
de 15 heures, l'autre de 9 heures, ils sont enfin arrivés à Skardu (2
200 mètres) où ils restaient aujourd'hui pour
leurs derniers achats (fruits secs, gourdes, briquets, etc )et
les formalités, Hugues étant tout content de se
retrouver au K2 Motel où il était en 1999 avec l’équipe
de Jeff pour l’ascension du Gasherbrum 2 (avec une béquille,
car il s’était cassé le tibia 2 mois avant à Chamonix
!
Panique hier soir en arrivant : les 3 bouteilles d’oxygène
ainsi que le masque que son sherpa Nazis Sabir lui avaient trouvés étaient
de la m..., heureusement les Canadiens (qui avaient prévu
large), lui ont vendu 3 bouteilles et un masque ; du matériel
neuf venant de Katmandou. L’oxygène est un problème
au Pakistan, car 4 sommets sur cinq "8 000 m" en
ont rarement besoin ; il a passé un mauvais moment, mais
tout se termine bien..
La météo est correcte, et le moral
de l'équipe
est très bon, malgré quelques petits problèmes
de tourista pour Olivier le docteur, puis pour Yann. Ce soir grillades
au barbecue, puis demain matin à l’aube ils partent
en 4x4 (6 heures environ) jusqu'à Askole (3000
m) pour rejoindre 90 porteurs, et commenceront le treck le 10
Juin. Hugues a 4 x 25 kg, plus 10 kg d'oxygène, quant à Antoine,
il prendra 4 porteurs pour ses 118 kg.
L'équipe
Elle est composée
ainsi :
Hugues qui
a rejoint deux Pakistanais, dont Qudrat Ali avec
lequel il a réussi l’ascension du Nanga Parbat
(8 125 m) le 20 Juillet 2005, de 4 canadiens :
Mario
Dutil, 46 ans, alpiniste et conférencier,
président de réfrigération,
Maxime
Jean, 37 ans, alpiniste et conférencier,
entrepreneur maritime,
Olivier
Maynard,
25 ans, médecin
d’expédition,
Yan Bergeron,
journaliste, caméraman et photographe.
Par Antoine Girard,
26 ans, enseignant en informatique
à l’Université de
Stendhal de Grenoble
A bientôt pour d’autres nouvelles,
Mario Dutil
Maxime Jean
Olivier Maynard
Biographie
A 59 ans, Hugues d’Aubarede s’apprête à réaliser
l’un de ses plus grands défis : l’ascension
du mont K2.
La montagne est pour moi source de paix et de
sérénité spirituelle Hugues d’Aubarede
Plus qu’un simple loisir, la montagne est pour Hugues une
véritable passion qui a commencé dès son
enfance lorsque les vacances à la montagne arrivaient. Le
ski, les randonnées en peaux de phoques et son besoin de
solitude le poussent depuis plus d’une dizaine d’année à gravir
les monts les plus spectaculaires du monde.
Ils n’ont plus de secret pour Hugues :
1991 : Le Mont Blanc (4808m)
/ France :
point de départ de son challenge. Gravi 12 fois
1992 : le
Kilimandjaro (5895m) / Afrique
1995 : le
Chimborazo ( 6300m ) / Equateur
1997 : l’Ojos
del Salado (6895) /
Chili
1999 : le Gasherbrum (
8035 m ) / Pakistan
2001 : le Mustaghata en ski (7546m)
/ Chine
2004 : l’Everest (8848m)
/ Népal
2005 : le Nanga Parbat ( 8135m)
/ Pakistan
Le K2 est l’aboutissement de son challenge. Fort
de son expérience d’alpiniste et de sa prédisposition
physique en haute altitude, Hugues souhaite maintenant abandonner
les hauteurs et le froid pour explorer un monde encore inconnu pour
lui, le soleil et la chaleur des déserts.